Pendant la crise de 1993, après la mort du Feu Président NDADAYE Melchior, un groupe armé est venu à la maison pour chercher mon père très tôt le matin comme on l’a fait même chez les voisins. C’est moi qui les ai accueillis. Après m’avoir demandé s’il était là, je me suis précipité l’appeler. Quand ils l’ont vu sortir de la maison, ils l’ont saisi et ont commencé à le ligoter. Par après, avec les autres hommes voisins, ils les ont dirigés vers le chef-lieu de la commune. Je les ai suivis et me suis caché dans la forêt derrière la commune et j’y suis resté toute la journée. Pendant la nuit, on les a fait sortir de la prison pour aller les tuer. J’ai vu mon père parmi eux toujours ligoté. Arrivés auprès d’une rivière, on les a tués tous par égorgement sous mes yeux et j’ai gardé en moi des séquelles des derniers cris lors de leurs achèvements et on les a jetés dans la rivière. J’ai pleuré sans cesse. Très tôt le matin, j’ai retourné à la maison pour leur informer du déroulement du drame.

J’étais en troisième année primaire. Dès ce jour, mon comportement a changé progressivement. La haine envers les gens qui ne sont pas de mon ethnie s’est développée. Je ne pouvais pas passer à côté de la rivière où on a tué mon père. Une colère extrême me caractérisait, je n’aimais personne, je voyais que toutes les personnes sont méchantes, raison pour laquelle je me bagarrais avec tout le monde. J’avais une hypervigilance car si une personne s’adressait à moi, c’était comme une offense et j’avais une attitude défensive. Le but initial de mon intégration dans les corps en uniforme était d’avoir accès à l’arme à feu, afin de pouvoir me venger.

Etant policier, j’ai opté de prendre l’alcool et le tabac pour pouvoir trouver sommeil. A mon âge, je ne suis pas marié car je pense qu’aucune fille ne peut m’accepter. Je n’avais aucun espoir de réussir la vie. J’étais une mauvaise personne indisciplinée au travail car il était difficile pour moi de respecter le commandement.

Prendre part dans l’atelier de CAPAMI Foundation sur la compréhension du traumatisme et sa gestion a changé ma vie. Les suivis réguliers des points focaux et des psychologues ont fait que ma vie soit changée. Aujourd’hui, je trouve sommeil sans difficultés et sans consommer l’alcool. La colère a considérablement diminué, je considère les autres comme mes semblables et coopère bien. L’esprit de vengeance a disparu progressivement.

Au mois de juillet/2023 je vais me marier légalement. J’ai l’espoir que mon avenir est bon car maintenant, je connais mes forces et mes faiblesses suite à la connaissance de soi et l’accompagnement des psychologues. Pour le moment, je suis apte de prendre de bonne décision pour ma vie.

Je remercie CAPAMI Foundation qui a ressuscité ma vie. 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *